Objectifs
Ce programme dactions vise une réduction de l'impact négatif des produits chimiques utilisés pour entretenir les espaces extérieurs (produits phytosanitaires) mais aussi les espaces intérieurs (produits de nettoyage, désinfectants, biocides...) des collectivités grâce à un changement de méthodes qui conduit à une réduction de leur utilisation, conjuguée à une utilisation croissante des techniques alternatives. Notre travail est basée sur les données scientifiques publiées au niveau international et consiste à traduire la science en actions.
Pourquoi les collectivités?
Ce programme dactions est tout à fait innovant, dans la mesure où la problématique des pesticides d'origine agricole est aujourd'hui présente dans l'esprit du public, mais celle des zones urbaines est souvent ignorée.
Les zones non-agricoles utilisent 10% des produits au niveau des espaces verts, des trottoirs, des terrains de sport, des cimetières, des voies routières et des jardins. Si le pourcentage de produits utilisés (par rapport à l'agriculture) semble anodin, ils sont appliqués sur des zones imperméables (pas de dégradation possible par les micro-organismes) et fréquentées par le public. Le résultat est un transfert massif des molécules herbicides dans les eaux de rivière (40-50 fois plus élevé que dans les parcelles cultivées) et une exposition directe du public, notamment des enfants, à ces molécules chimiques.
Aujourd'hui, les substances chimiques sont retrouvées dans lair, leau, le sol mais aussi dans notre sang. Il sagit là dune menace pour la santé publique et lenvironnement (biodiversité et gaz à effets de serre). Il ne faut pas oublier également les produits de nettoyage, qui en fonction de leur champ dapplication, contiennent des acides, des produits alcalins, des solvants, des produits de blanchiment, des désinfectants, des propulseurs, des conservateurs....
Bon nombre de ces substances polluent lair intérieur des habitats et les déchets polluent les eaux usées et portent atteinte à la santé et lenvironnement.
Aujourdhui, un large consensus scientifique et même politique, reconnaît que nos modes de production et de consommation posent de graves problèmes environnementaux et de santé humaine, auxquels il faut trouver des solutions: changeons nos comportements.
Enfin les communes sont des cibles privilégiées pour la suppression des pesticides, car les alternatives sont économiquement et humainement à portée de main.
Les communes/collectivités doivent prendre leurs responsabilités et se conduire comme un modèle pour les citoyens et les inciter à suivre lexemple pour que le développement durable devienne une réalité quotidienne et active.
Cest en somme un rôle de pilote que lon propose aux municipalités. Dorénavant, les trottoirs, les terrains municipaux, bâtiments publics, constructions deviendront des vitrines qui permettront aux citoyens de comprendre quil est possible de maintenir la qualité de leur aménagement sans recourir systématiquement aux produits chimiques et dadhérer à des approches préventives, tout en respectant lenvironnement et en protégeant sa santé. Ces mêmes lieux serviront donc dexemples dont les citoyens pourront sinspirer pour lentretien de leurs propres espaces intérieur et extérieur et pour leur construction/rénovation.
Les modes de réalisation
Le projet est constitué de diagnostics, de plan de gestion, de formations, de communications, de sensibilisation, dactions concrètes. Ces actions conduisent rapidement à des résultats mesurables ce qui a été montré sur les trois villes pilotes.
Les différents étapes du projet sont menés par les deux responsables scientifiques Dr WEISSMANN (Doctorat en phytopathologie, spécialisé en écotoxicologie) et Dr FARBOS (Doctorat en Génétique et Biologie Moléculaire, spécialisé en Santé Environnementale) ayant une expérience scientifique internationale.
Leur grand atout est de travailler en équipes pluridisciplinaires, de savoir instaurer des échanges et rassembler les initiatives et les expériences concrètes recueillies à travers le monde.
1) Sensibilisation et information
Nous souhaitons ouvrir le débat sur les problématiques des produits chimiques et les inciter à réaliser des actions concrètes aboutissant à des résultats mesurables afin quelles montrent lexemple auprès des autres communes et des habitants, des agriculteurs, des viticulteurs....
Pour faire des choix éclairés, il faut être bien renseigné, mais il faut aussi être conscient des impacts de nos activités et comportements sur lenvironnement et des alternatives qui nous permettent de vivre de manière à assurer la durabilité de notre milieu. Cette sensibilisation commence par une conférence grand public sur les impacts des produits chimiques sur la santé et lenvironnement et les avantages à changer nos méthodes quotidiennes. Montrer ce que les autres pays ont réussi à mettre en place avec succès permet de prendre conscience quun changement est possible.
2) Les actions
Les actions visent une réduction des produits chimiques utilisés pour entretenir les espaces extérieurs (produits phytosanitaires) mais aussi les espaces intérieurs (produits de nettoyage, désinfectants, biocides...) des collectivités grâce à un changement de méthodes, à des aménagements et à une utilisation croissante des techniques alternatives.
Le plan de gestion se caractérise, tout dabord par un diagnostic complet de la gestion des espaces communaux intérieur et extérieur. Il sagit alors daboutit à des solutions daménagements, dentretien et de désherbage répondant aux critères dune gestion durable, à un planning dentretien et à des fiches techniques pouvant servir doutils sur le terrain.
Diagnostic complet
Cette étape vise à déterminer les surfaces désherbées et à décrire les pratiques de désherbage correspondantes, les produits utilisés à lextérieur et à lintérieur. A lextérieur, le recensement permet une connaissance des surfaces à désherber et de leur nature plus ou moins imperméable, leur particularité (pente, proximité des points deau, avaloir...), et met en évidence les problèmes reliés à une mauvaise conception de laménagement, à un mauvais choix de plantes et à des attentes irréalistes.
A lintérieur, les surfaces à entretenir, lusage des lieux, le type de revêtement et les méthodes dentretien sont également recensées.
Les surfaces communales sont alors classées en risque élevé ou risque réduit selon le risque de transfert des molécules chimiques dans les milieux et le risque dexposition du public, ce qui permet de réaliser une cartographie de la commune.
Ce diagnostic sert de référence afin de déterminer les objectifs en matière de désherbage. Sur cette base, la définition des objectifs dentretien des surfaces extérieures et intérieures encourage les responsables communaux à sinterroger : « pourquoi désherber ? », « quand désinfecter ? » et permet de poser les bases du plan de gestion.
Le plan de gestion
Ceci consiste à appliquer une gestion différenciée des sites. Il faut adapter à différents niveaux les interventions et lentretien des espaces selon lusage, la nature et les besoins spécifiques des sites tout en gardant à lesprit deux principes : le principe de précaution, et celui de lexemplarité.
Les différents plans (plan de désherbage, plan daménagement ou plan de nettoyage)
constituent des outils de travail pertinent de lutte contre lexposition du public et les pollutions des écosystèmes par les produits chimiques. Chaque agent dispose dun document qui indique la nature et la fréquence des interventions à pratiquer, des photographies des surfaces, des techniques recommandées, des aménagements à planifier, les matières actives, leurs modes daction, leur classement toxicologique. Cette approche est multidisciplinaire et repose sur lutilisation concertée dune variété de méthodes, dentretien écologique et de contrôle phytosanitaire réservant les interventions chimiques quen dernier recours. A lextérieur, des aménagements tels que des plantations de vivaces, des ensemencements de pelouses à faible entretien, des fauches tardives et des tontes à hauteurs diverses limitent les recours aux pesticides.
Le plan de désherbage est évolutif : il prend en compte les évolutions des objectifs et des mentalités, ainsi que les aléas du terrain et les observations relevées après les différents passages.
Communication
Cette évolution, très progressive, remet en cause des acquis fondamentaux : quelle idée nous faisons-nous de ce qui est propre, de ce qui est sale ? pourquoi notre sens de lesthétique nest-il pas le même à la ville et à la campagne ? nous acceptons pas en ville les herbes qui nous semble à leur place sur les talus des chemins ruraux et ladoption de cette politique déco-gestion ne peut être assurée sans la sensibilisation des habitants, ce qui implique un gros travail de communication. Il est alors primordial dinformer les habitants, que la gestion différenciée nest pas un entretien « moins propre » ou « moins fleuri » mais le « bon entretien » et le « bon fleurissement » au « bon endroit ». Nous réapprennons que la nature, cest la diversité : insectes, oiseaux...que nous devrons être plus tolérants quant à la végétation spontanée, Nous sensibilisons aux risques de pollution, de dégradation de la santé et de lenvironnement, et de la perturbation des équilibres biologiques. Des panneaux dinformation informent sur le rôle des différents arbres et végétaux présents en milieu urbain. La gestion différenciée ne peut-être adoptée que si elle est comprise. Il faut toujours remettre en cause, convaincre et expliquer aux habitants afin que notre perception évolue.
Formation des agents
La formation des agents a pour objectif de partager le même souci de protection de la santé et de lenvironnement, davoir le même regard sur lentretien des espaces, de respecter les bonnes pratiques dutilisation et de développer les méthodes alternatives, de savoir utiliser les outils de travail, de réaliser un suivi du plan de désherbage, de réaliser les aménagements.
De plus, il convient dintéresser les différents acteurs du désherbage ou du nettoyage au recensement, ceci afin de partager le diagnostic.et de tenir compte des réalités du terrain.
Ces collaborateurs, dûment sensibilisés à la problématique, sont les émissaires chargés dexpliquer la démarche à leurs collègues du service. Par exemple, toute léquipe des espaces verts est, dès le départ, consciente que sans herbicide, il ne sera pas possible de conserver des espaces urbains sans aucune adventice. La sensibilisation et notion de tolérance étant établies chez ces personnes, le pour et le contre pourront être discutés au cours des journées de formation.
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